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…Où est passé Shiva Adiyogi ?

Voici un extrait de texte de Pierre Feuga qui retrace sans détours la quête yogique d’un européen bien loin du pays et de la culture d’origine du Yoga. Dans cet essai il démonte et détruit les conventions d’un yoga aseptisé et c’est bien là le chemin du yoga. A mon sens un bon enseignant est celui qui nous permet de déconstruire,… qu’as tu à perdre ?

SHIVA :

Dans la culture yogique, Shiva (sur l’image) n’est pas connu comme un dieu, mais comme le Adiyogi ou le premier yogi – à l’origine du yoga. C’est lui qui a d’abord mis cette graine dans l’esprit humain.

En raison de son activité de dissolution et de recréation, Shiva est souvent associé à la destruction (Rudra est la forme terrible de Shiva qu’il prend lorsqu’il veut détruire), mais son rôle est beaucoup plus complexe.

voici ici un lien vers le texte de base Shiva-Samhitâ

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extrait de Pierre Feuga : « Lorsque j’ai fait mes premiers pas dans le yoga, il y a une quarantaine d’années, la recherche d’un enseignant un peu sérieux, non charlatanesque relevait du parcours du combattant ou du jeu de l’Oie, avec ses puits, ses prisons, ses retours en arrière, etc. (…). En apparence le paysage gaulois s’est assaini et les contrôleurs sont passés par là. Dans la France yogique d’aujourd’hui, tout baigne. Des fédérations bien structurées, des écoles bien organisées dispensatrices de « formations » et de « diplômes », des « lignées » reconnues et des séminaires ou stages à foison. Tout cela a un petit côté rassurant et propret. Notre génie national, dont la rationalité n’est plus à démontrer, a presque réussi à transformer la jungle hindoue en jardin à la Française (…), je ne suis pas certain qu’il soit plus facile, pour une personne commençant aujourd’hui le yoga, de s’orienter correctement que ce l’était dans ces troubles et bouillonnantes années 60 (…). Car de nos jours pas plus qu’hier il ne faut se fier aux appellations et aux titres. Sous des enseignes clinquantes, enluminées de mots sanskrits, on ne trouve trop souvent que du vent ou en tout cas des pratiques n’ayant rien à voir avec ce que l’on vous fait miroiter.

Prenons quelques exemples, en commençant par la forme de yoga la plus répandue en Occident : le hatha-yoga. Cette expression signifie « yoga de la force » et même de la « force violente », quoiqu’il s’agisse évidemment de force spirituelle, d’énergie canalisée en vue d’un éveil de la Conscience. C’est un yoga tantrique, extrêmement difficile et abrupt, et, si l’on en doutait, il suffirait de se référer aux textes de base, comme la Hatha-yoga-Pradîpikâ. Or, en fait de « force », un grand nombre de cours qui se présentent comme du hatha-yoga sont affligeants de mollesse et plus chargés en tamas qu’en rajas (quant à sattva, si l’on en a la notion, on l’assimile niaisement à une « pureté » hygiénique ou moralisante). Certes il existe des enseignements plus durs ou plus virils se réclamant aussi du hatha mais ils dépassent hélas rarement le plan anatomique, physiologique, musculaire. Ces enseignements ont une amusante tendance à produire des professeurs et des élèves dont la souplesse physique contraste avec la rigidité intérieure. Liane sur béton.

En ce qui concerne le kundalinî-yoga, l’abus de langage est encore plus flagrant et frôle parfois l’escroquerie. Il faut un sacré culot ou une ignorance qui en devient touchante pour prétendre enseigner massivement et à grands sons de trompes un yoga qui a toujours passé en Inde pour le plus secret et le plus dangereux de tous. Si la kundalinî de ceux et celles qui frétillent et grenouillent dans ces milieux était réellement éveillée, ils cesseraient aussi sec d’enseigner, du moins de cette manière commerciale et racoleuse. Ils replieraient bien vite leurs chakras et remballeraient leur serpent au fond du panier.

Et cela nous amène au Tantra. Ah, le Tantra !… Puisque je passe (à tort) pour un « spécialiste » de la chose (moi qui exècre toute spécialisation), je vais y aller d’un conseil : si vous rencontrez un monsieur ou une dame qui propose de vous enseigner le Tantra, n’hésitez pas à le ou la pousser dans ses retranchements. Ne vous en laissez pas conter par ses récits fabuleux ni abuser par son coup du regard fixe. Ayez de l’audace (c’est la première qualité tantrique). Interrogez-l’initié de service ou la Shakti des beaux quartiers sur la littérature tantrique : vous vous apercevrez souvent qu’ils n’ont jamais lu un Tantra de leur vie, que leur connaissance du sujet est aussi floue, mais plus arrogante, que la vôtre. Et s’ils feignent de mépriser les textes au nom de la sacro-sainte expérience, alors demandez-leur du concret, percez leur écran de fumée. Si vous leur dites que le sexe ne vous intéresse pas, vous verrez vite qu’ils n’ont pas grand-chose d’autre à vous vendre : des mantras élimés, des rituels de bazar. (…) »

la légende du Siva linga

Selon une légende très répandue dans le Sud de l’Inde, l’adoration de Siva sous la forme du LInga a pour origine la rivalité des trois dieux :

ImageAndré Padoux, Linga, le signe du dieu, in L’Inde, marges, éditions de l’ENSBA, 2005

Brahma, le Créateur et Vishnu, le Préservateur, prétendaient chacun de leur coté être le plus grand des Dieux. A cause de cette querelle l’unité était bouleversée et le chaos s’installait. Siva, décidant de mettre fin à cette rivalité et de faire régner l’ordre, apparut sous la forme d’une colonne de feu et s’exclama : « celui qui trouvera le sommet ou la base de cette colonne sera le plus grand ».

Bhrahma et Vishnu relevèrent le défi. Brahma s’élevant dans les airs sous la forme d’un cygne essaya d’atteindre le sommet de la colonne, tandis que Vishnu, prenant la forme d’un sanglier, creusa le sol pour trouver la base. Leurs efforts restèrent vains. Tout à coup la colonne s’entrouvrit et Siva apparut dans toute sa gloire. Vishnu et Brahma reconnurent sa divinité et réalisèrent qu’ils étaient seulement les instruments de Siva, le tout-puissant.

Ensemble ils prièrent de prendre une forme plus accessible pour que tous les êtres puissent l’adorer. Siva accepta et prit la forme d’une colline appelée Arunchala. Arunchala est le premier Linga. En commémoration de cet événement, on peu voir sur le mur à l’extérieur de chaque temple dédié à Siva une représentation de cette scène.

Cette légende prouve également la supériorité de Siva : Brahma est l’intelligence et Visnu le sens de l’égo.

le Linga des temples se compose d’n cylindre planté verticalement sur un piédestal et dont la partie supérieure est terminée par ne calotte sphérique. Sous cette forme, le Linga exprime l’union de Siva et de Sakti.

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Extrait du livre : « le Bhakti yoga de Akkamaha Devi » de Shri Mahesh  CRCFI (crcfi@club-internet.fr) 13€ +3€ port

Parvati

Dans la mythologie hindoue, Parvati est la déesse la plus chérie et la plus vénérée. C’est la première divinité féminine hindoue qui, partageant la connaissance du yoga avec son époux bien-aimé SIVA, démontre que le Yoga peut être appris sans distinction de sexe.

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Déesse du droit chemin et de la sérénité, PARVATI est vénérée par toutes les femmes hindoues sans distinction de castes et de communautés. Elle est douce et simple : c’est la femme, l’épouse, la mère. Par son exemple, PARVATI enseigne aux êtres humains qu’ils peuvent atteindre le niveau supérieur de la conscience tout en gardant leur attachement familial.

Dans l’icônographie hindoue, PARVATI est représentée comme une très belle jeune femme. Les livres sacrés lui attribuent tous les attraits de la beauté féminine. Ses yeux fendus comme ceux d’une gazelle, ont la couleur du lotus ; ses lèvres ressemblent à des boutons prêts à s’épanouir, son visage est pareil à la lune : l’éclat de sont teint rivalise avec celui de l’or. Toute sa féminité s’exprime dans son léger sourire pudique au regard empreint à la fois de hardiesse et de timidité.

Toutes les statues des temples hindous glorifient son corps souple et proportionné, sa gorge rebondie et ses hanches larges. Bien qu’ayant atteint le domaine de la plus haute connaissance spirituelle, elle demeure proche des êtres humains par sa sensualité. Compagne fidèle de Siva, elle est souvent représentée dan les Puranas, enlacée à son époux. Parfois on la montre assiste sur le mont Kailasa (Everest), débattant des plus abstraites questions de philosophie hindoue.

Shiva et Parvati se trouvent parfois réunis sous forme d’une même divinité androgyne. La partie droite de la divinité repréesnte Shiva et la partie gauche Parvati. Siva est connu ains sous le nom d’ARDHANARI : femme (nari) à moitié (ardha).

Parvati ne manifeste ses pouvoirs divins que lorsqu’elle apparait sous ses autres identités comme DURGA (forteresse imprenable dans le nord de l’Inde), KALI, CHAMOUNDI, ANNAPURNA (la mère nourricière), GANESAJANANI (mère de Ganesha),etc.

La liste des formes que revêt Parvati peut être allongée indéfiniment. la multiplicité de ses formes prouve combien elle est adorée dans l’Inde toute entière. Il est d’usage que les hindous donnent à leurs enfants le nom du dieu ou de la déesse à qui ils croient devoir la naissance. Parmi toutes, Parvati est la plus populaire.

source : Yoga et Vie Mahesh Dèc.1977

Ardhanarîshvara

Ardhanârîshvara est le Shiva androgyne. On invoque plusieurs légendes concernant cette androgynie de Shiva.

Un Sage du nom de BHRINGI se consacrait totalement à l’adoration de Shiva. Mais il oubliait du coup, d’inclure PARVATI dans le rite. La déesse en conçut du ressentiment. Pour apaiser sa juste colère, Shiva décida de s’unir à elle si étroitement qu’on ne pourrait plus les dissocier car ils formeraient un seul être. Cet accord parfait du couple divin symbolise l’Union de l’Esprit (Purusha = Shiva) et de la Matière (Prakriti = Shakti).

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 La partie droite, masculine, présente tous les aspects de Shiva. De teinte claire, pourvu d’un chignon de mèches (jatâmakuta) abritant la Lune ou des nattes, il a deux bras dont l’un tenant une hache et l’autre posé sur le dos du taureau Nandi. Cette moitié, vêtue de rouge ou d’une peau d’animal (éléphant ou tigre), porte des serpents.

 La moitié féminine, sur la gauche, a le teint foncé; elle porte une haute coiffe (karandamakuta) et n’a pas de troisième oeil (contrairement à Shiva). Son bras unique tient un lotus fermé près de sa poitrine; son sein est recouvert d’un tissu léger et elle porte des ornements précieux.

L’image est globalement placée sur un socle en forme de lotus et le taureau sacré, Nandi, s’y tient derrière.

La forme hermaphrodite de Shiva, Ardhanârishvara ou Ardhanâri est à mettre en relation avec la conception de la doctrine shâkta, selon laquelle Shiva n’est en mesure d’assumer ses fonctions divines que lorsqu’il interagit avec Shakti. L’idée de représenter un ornement masculin dans le lobe droit de l’oreille de Shiva et un ornement féminin dans son oreille gauche, déjà, doit être imputée à la croyance en l’inséparable union des éléments masculins et féminins chez le Créateur.

En profondeur, il y a un homme en toute femme, et une femme en tout homme. Du point de vue biologique, chaque organisme contient à la fois des hormones masculines et des hormones féminines. Du point de vue psychologique, les recherches ont montré que chaque homme a un aspect féminin, et chaque femme un aspect masculin (« animus-anima »). C’est le reflet d’une réalité cosmique.

Dans la tradition de l’Inde, l’univers entier est l’union étroite de ces deux principes.

Aujourd’hui, le principe féminin est de plus en plus exilé d’un monde dominé par la violence, l’agressivité, la colère, l’égoïsme, la conquête et la destruction de la Nature (Mère Nature…).

Dans un discours prononcé en octobre 2002 au Palais des Nations à Genèvre, Shrî Mâtâ Amritânandamayi,  a lancé un appel pour que les femmes et les hommes partout dans le monde se réveillent et prennent conscience de ce pôle féminin. Elle recommande aux femmes dans les pays développés dominés par le matérialisme, de s’éveiller à la spiritualité, et dans les pays où elles sont soumises à des coutumes étroites, de s’éveiller à la pensée moderne, tout en assimilant la sagesse éternelle de la spiritualité. Là où des règles sociales font obstacle à leur progrès, elles doivent se montrer courageuses et les combattre. « Si les femmes elles-mêmes se détournent du principe féminin, il en résultera l’échec absolu des femmes et de la société. Les problèmes du monde seront aggravés. Si les femmes rejettent leurs qualités féminines et s’efforcent de devenir pareilles aux hommes en cultivant les qualités masculines, le déséquilibre ne fera que s’accentuer »

Pour s’accomplir, la femme doit découvrir l’essence de sa nature : elle doit découvrir en elle la « Shakti », la Mère Divine.

Ci-contre une statue de Parvati : Parvati statue